Citoyen des Rues raconté par Léopoldine, service civique en Guinée


4 juin 2018

Concrètement, qu’est-ce-que CDR Guinée ?

> 2010 : point de départ de l’association, créée par des étudiants Guinéens.

Le projet a vite été appuyé financièrement et logistiquement par Citoyen des Rues International. L’association est donc devenue assez naturellement son antenne locale en Guinée. 

> Une mission : offrir aux enfants des rues et à de nombreux enfants défavorisés, une réintégration sociale, scolaire et professionnelle.

> Un foyer de jour

> 60 enfants dont :

  • 30 enfants défavorisés
  • 30 enfants des rues

> Des enfants de 6 à 18 ans

> 13 bénévoles (éducateurs pour la plupart)

> 3 maraudes par semaine

« Enfants des rues » / « Enfants défavorisés »… Qui sont les bénéficiaires du foyer ?

En arrivant au foyer pour passer la journée avec les équipes, elles ont tenu à expliquer la distinction importante à faire entre la notion d’enfants des rues et celle d’enfants en situation de grande vulnérabilité. Leur point commun ? Un milieu défavorisé, peu de moyens, un encadrement familial faible dû à la situation économique.

Même s’ils font la distinction, la prise en charge des enfants des rues et des enfants défavorisés n’est pas si distincte. Les deux bénéficient d’un suivi individualisé scolaire, psychologique et social. C’est leur statut qui change et la façon dont ils vont les aborder par la suite. Ce qu’il faut comprendre c’est que ce sont tous des enfants qui viennent de la rue. Qu’ils y dorment ou pas, ils y passent la majeure partie de leur journée ; c’est leur lieu de récréation, là où se trouve leurs amis mais aussi là où ils peuvent gagner un peu d’argent.

Il leur faut donc dans les deux cas connaître l’environnement de l’enfant (donc la rue et ses codes/règles), c’est à l’équipe de s’adapter à eux et non l’inverse, c’est aussi comme cela que la confiance s’installe.

Concrètement, quelles sont les activités qui sont proposées au foyer ?

"Nous proposons aux enfants du soutien scolaire, des cours d’alphabétisation, des sorties culturelles pour les sortir du quartier et leur faire changer d’air. Nous orientons les jeunes à partir de 14 ans vers la formation professionnelle pour les former aux métiers de coiffeur, mécanicien, couturier etc", explique Léopoldine.

Depuis l’arrivée de Léopoldine en service civique, CDR Guinée propose aussi un appui psychologique en organisant des groupes de parole ; l’occasion pour les enfants de s’exprimer sur des sujets variés mais aussi de partager leurs expériences, leurs blessures s’ils le souhaitent.

"Nous avons aussi un rôle en dehors du centre notamment celui de visiter les familles des jeunes qui fréquentent le foyer afin de les impliquer et d’effectuer régulièrement des maraudes".

A quoi servent les maraudes ?

Nous nous baladons dans le quartier, nous discutons avec les enfants, les familles pour essayer de comprendre comment s’organise les groupes et les communautés et quels sont les liens qui les unissent. Nous sillonnons les rues pour voir si des enfants sont en situation d’isolement ou si certains sont dans le besoin.

Il faut savoir que les enfants qui sont dans la rue s’organisent en gang et qu’ils forment en quelque sorte une société à part, une société marginalisée. Dans tout gang il y a des leaders et nous devons aussi nous rapprocher de ces leaders pour discuter avec eux, leur proposer notre aide et petit à petit gagner leur confiance. N’oublions pas que ces jeunes sont en conflit avec le monde de l’adulte et que le processus pour qu’ils s’ouvrent à nous et qu’ils acceptent notre aide est très long. C’est là que les maraudes prennent tout leur sens et sont des étapes essentielles pour réussir à faire sortir les enfants de la rue.

Léopoldine, tu peux nous parler de ta mission ?

Je suis psychologue de formation, arrivée à Conakry depuis 4 mois maintenant et mon rôle est de sensibiliser l’équipe et les familles à l’importance d’un appui psychologique dans le processus d’aide aux enfants. L’une de mes missions principales par exemple est de recruter un psychologue sur place pour que la dimension médico-psychologique fasse complètement partie du programme du foyer.

Je ne parle pas seulement de l’aspect psychologique car il y a aussi la dimension « soin » à ne pas oublier, notamment l’accès aux vaccins pour les enfants.

J’organise toutes les semaines des groupes de parole en permettant aux enfants de se réunir et d’échanger tous ensemble. Il nous arrive aussi d’intervenir en tant que médiateur lorsque l’enfant est en rupture avec sa famille et que le dialogue est totalement rompu.

Tu parles de groupes de parole : comment ça se passe et quelle est ton approche ?

Je n’ai pas voulu faire de suivi individuel parce que je pense que ce n’est pas forcément adapté au contexte local. Du fait des traditions africaines, j’ai préféré privilégier les entretiens collectifs, en groupe parce que je pense que c’est une approche peut-être plus facile au départ dans laquelle les enfants se sentent plus à l’aise.

Jusqu’à présent je faisais des groupes de parole libre mais il faut prendre en compte que ce sont des enfants et que la parole ouverte peut déstabiliser, impressionner d’autant plus dans un contexte où ils n’ont jamais eu la possibilité de parler d’eux. De par leur passé d’enfants des rues, il ne leur a quasiment jamais été possible d’exprimer un sentiment.

J’ai constaté que ce sont des enfants avec un fort sentiment d’abandon et donc une perte de repères ; je réalise donc des ateliers pour leur apprendre à se situer dans l’espace, dans le temps ainsi que visualiser leur place au sein de la structure familiale (arbre généalogique par exemple).

Globalement, mes groupes sont donc plus des ateliers d’expression émotionnelle plutôt qu’un réel suivi thérapeutique. Je pense prochainement utiliser des outils plus concrets, des médiations thérapeutiques comme le photo-langage, les jeux, le dessin, la pâte à sel.

Tu as l’habitude de travailler avec des enfants et des familles… seulement le contexte en France et en Guinée est très différent ; comment gères-tu ces différences culturelles ?

J’apprends petit à petit à les découvrir et mieux les appréhender mais parfois ça peut me jouer des tours… Il y a quelques temps j’avais demandé aux enfants de me dessiner un soleil s’ils se sentaient bien, un nuage pour représenter des préoccupations et de la pluie pour la tristesse.

Résultat : ils m’ont tous dessiné de la pluie mais disaient pourtant se sentir bien. Comme je ne comprenais pas, je suis allée discuter avec l’équipe et je me suis rendu compte qu’ici la pluie était synonyme de joie. Qui dit saison des pluies dit fraîcheur et surtout électricité (il y a énormément de coupure juste avant les pluies puisque les barrages sont totalement asséchés). Un bel exemple de représentations différentes qu’il faut réussir à capter mais le fait de vivre ici au quotidien avec les enfants m’aide à comprendre rapidement l’environnement culturel dans lequel je suis et donc à réadapter mon discours et mes séances de travail.

Quels sont les prochains projets pour CDR Guinée ?

Il y a tout un tas de beaux projets qu’on est en train de monter notamment un projet de cantine scolaire solidaire. Ici l’enjeu est d’aller démarcher les supermarchés de Conakry pour récupérer les invendus.

A terme nous devons trouver des systèmes de financement pour permettre au foyer d’être plus indépendant. Nous réfléchissons pqr exemple à un système de parrainage qui n’est pas seulement une aide financière mais qui consiste aussi en un soutien affectif.

Enfin, l’ambition du foyer est de devenir un foyer de nuit pour héberger les enfants qui sont en réelle situation d’abandon et qui n’ont pas de famille de confiage/biologique.

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