Visite de Bernard, 33 ans après son volontariat en Haïti (1982-1984)


30 août 2017

PRESENTATION

Je suis Bernard Philizot, et j’avais 22 ans au moment du départ en mission en 1982. Je suis Français, originaire de Bourgogne, où j’avais obtenu mon diplôme d’école de commerce juste avant de me lancer en tant que volontaire du progrès. (L’association Française des Volontaires du Progrès (AFVP) est l’association socle sur laquelle s’est bâtie la plateforme France Volontaires en 2009).

RAPPEL DE LA MISSION 

A cette époque, le délégué de l’AFVP en HAÏTI, Alain RAYMOND, avait eu l’idée de lancer une activité de fabrication de gabions (sortes de paniers en grillages remplis de pierres) en Haïti, suite à ce qu’il avait observé durant son séjour au Burkina Faso. (Vidéo d’un atelier de fabrication de gabion : ici).

Source image : http://researchforhaiti.typepad.com...

En 1980, cette activité a bien été lancée en Haïti dans le but de créer une activité génératrice de revenus, tout en protégeant les sols et l’environnement. A l’époque, Jean-Paul MARCELIN était responsable d’une section artisanat au ministère de l’agriculture. L’AFVP était co-opérateur de la mission avec l’Etat Haïtien via le ministère de l’agriculture et un binôme était attribué pour le travail.

Ce système de binôme permettait aux volontaires d’avoir un interlocuteur / homologue fixe, qui pouvait accueillir, guider, et accompagner durant toute la mission. Je travaillais donc en étroite collaboration avec Jean-Paul pour que, ce qui est devenu la coopérative COPROFER KEMBE atteigne les résultats attendus. L’idée était de donner à des paysans sans terre, sans éducation/formation, avec un avenir incertain, une autre forme de revenus. Ce projet devait leur permettre d’apprendre un nouveau métier, de développer ce secteur pour finalement être autonomes financièrement.

Aujourd’hui la coopérative compte 9 ateliers, 200 membres, dans les départements Sud, Ouest, Artibonite, Nord.

LE PLUS DIFFICILE DURANT MA MISSION

Ce qui m’a le plus « stressé », ce n’est pas le côté technique car Jean-Claude BUFFAERTS (le 1er volontaire sur ce projet, avant moi) avait participé au préalable à la formation des artisans, à la conception des outils et la production était déjà lancée. Lorsque je suis arrivé, il y avait seulement 6 ateliers dans le pays, mais il y avait peu de commandes, de ventes, et il fallait donner un rythme de fabrication plus soutenu pour assurer une viabilité financière. De plus, il y avait beaucoup de concurrence : d’une part de gabions importés de l’étranger et d’autre part d’une autre entreprise privée qui fabriquait aussi des gabions dans la zone de St Marc.

MA MISSION  :
Recherche de débouchés commerciaux et coordination de l’activité des ateliers (qui se regrouperont par la suite en « coopérative »)

Il a donc fallu développer de bons arguments de vente pour démarquer la coopérative, comme le fait de « consommer haïtien », et donc de contribuer au développement du pays. C’est cet argument majeur qui a convaincu des agronomes haïtiens et des entrepreneurs haïtiens qui ont été très motivés par le projet et sa portée symbolique. Une fois que l’image de marque nationale « faisait mouche », que les produits étaient de qualité, les canaux de distribution identifiés et renforcés, l’activité a été rentable. Je pense que la réussite du projet est due à :

- un travail d’équipe bien orchestré, entre le responsable de la section artisanat de l’époque et les volontaires qui se sont succédés,

- des personnalités haïtiennes et notamment des animateurs de formation régionaux très dévoués,

- des artisans particulièrement motivés dans les ateliers, dont certains sont devenus par la suite des cadres dirigeants de la coopérative.

La fidélité et la ténacité de ces acteurs ont permis l’aboutissement du projet et la viabilité de la coopérative tout au long de ces années, malgré les aléas économiques du pays.

MES DEFIS / MOTIVATIONS

Je voulais qu’il y ait du travail pour les artisans, qu’il y ait toujours de l’activité. Nous faisions aussi de la formation continue pour les artisans du projet (environ 10 par atelier soit une soixantaine formés en tout). Garantir une pérennité pour que les artisans aient cette source fiable de revenus, c’est cela qui m’a motivé.

RAPPEL DES RAISONS QUI ONT AMMENE A PARTIR EN VOLONTARIAT

J’ai croisé un ami de Dijon durant mes études qui partait en Afrique en tant que Volontaire du Progrès. J’ai été séduit par son témoignage et cela m’a donné envie de postuler à la fin de mes études. Sans oublier qu’à ce moment là, en tant que jeune diplômé, soit tu travaillais, soit tu partais faire ton service militaire. Ne me sentant pas prêt à travailler de suite en entreprise, partir en mission de volontariat était une bonne opportunité. L’AFVP attribuait les missions et destinations aux candidats, et lorsqu’on m’a contacté pour Haïti, j’ai accepté de suite. Puis, je me suis renseigné, et j’ai appris le climat politique général défavorable de l’époque (Baby Doc et les Tontons Macoutes…). Ensuite, j’ai pu échanger avec le délégué de l’AFVP de passage en France qui a su me mettre en confiance malgré mon manque d’expérience. J’ai également pu rencontrer avant mon départ le volontaire qui avait travaillé avant moi (Jean-Claude) et quelques Haïtiens (dont Jean-Paul Marcelin) qui suivaient une formation à Paris. Ces rencontres m’ont aidé à « faire le pas »… et je suis parti car je trouvais cette destination finalement originale (la majorité des volontaires partait en Afrique), le projet coïncidait avec ma formation et me semblait très intéressant.

J’avais une forte curiosité et j’ai eu le soutien de mes parents, ce qui m’a beaucoup aidé aussi. Surtout qu’à l’époque, il n’y avait pas Internet et les réseaux sociaux ; on utilisait le courrier postal.

EN QUOI LE VOLONTARIAT A AIDE DANS LE PARCOURS ? 

Ce fut une expérience extrêmement initiatique. Et professionnellement, c’est une expérience qui m’a permis d’augmenter mon capital confiance car ce fut la première, mais avec énormément de responsabilités. Elle m’a permis d’acquérir de nombreuses compétences, de m’entrainer à mon métier : argumentations de ventes, recherche de clients, animations de formations, …

A l’époque comme il y avait peu de personnes qui partaient en volontariat, c’était un vrai plus lors d’entretiens d’embauche et lors de conversations courantes.

EST-CE UNE EXPERIENCE A REFAIRE ?

(Rires) Pourquoi pas lorsque je serai à la retraite car maintenant, ma vie est en France et d’un point de vue matériel et familial c’est plus difficile de partir ! Mais mes enfants suivront peut être cette voie dans quelques années, qui sait ?

Dans tous les cas, je continue à aider la coopérative en étant membre du conseil d’administration d’une association appelée « Haïti Futur » qui collabore avec la coopérative à travers un volet d’aide à l’entreprenariat. Par exemple, j’aide à acheter du matériel difficile à trouver en Haïti et je suis disponible et heureux quand je peux rendre service.

CONSEIL A UN NOUVEAU VOLONTAIRE

Mon conseil ? Vivre cette expérience ! Plus précisément, je conseille de vivre cette expérience avec le souci de rester très modeste, pour apporter son envie, ses compétences, tout en se laissant guider par des interlocuteurs locaux de confiance. Ne pas arriver en se disant qu’on va tout diriger.

POUR FINIR,…

Quand je reviens en Haïti, même si le pays a beaucoup changé (trafic routier, architecture, …), je retrouve des artisans avec qui j’avais travaillé, et des personnes qui me sont proches, c’est un vrai ressourcement  ! Faire ce voyage était une vraie motivation car j’avais envie de revoir un contexte différent ; j’en ai profité pour visiter des réalisations nouvelles dans des ateliers de gabions (toitures anticycloniques en cours de réalisation) et aussi des réhabilitations d’écoles à Camp Perrin suite au passage de l’ouragan Matthew, initiées par Haïti Futur.

Je souhaitais partager à ma famille une tranche de vie qui avait été importante pour moi.

De gauche à droite : deux des enfants de Bernard, Epiphanie (EV), l’épouse de Bernard, Bernard, Jean-Paul Marcelin et ses enfants.
 

Bernard et sa famille en visite dans un atelier de fabrication de gabions

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